La joie de vivre la Foi

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“La gioia di vivere la fede(La joie de vivre la Foi) est un recueil de textes prononcés par le Cardinale François-Xavier Nguyên Van Thuân dans diverses occasions. Ce recueil a été réalisé par les soins du Conseil Pontifical "Justice et Paix".

Dans ce qui suit, la présentation faite par Mgr Toso, Secrétaire du Conseil Pontifical "Justice et Paix" :

La Foi, source de joie

La joie de vivre la foi est le titre choisi par le Cardinale François-Xavier Nguyên Van Thuân, alors Président du Conseil Pontifical "Justice et Paix", pour la série de conversations publiées dans ce recueil. Ces textes ont été rassemblés par des jeunes qui ont eu le privilège d'assister à ces conversations. Il s'agit de textes prononcés en diverses occasions, dans le but d'éduquer, dans la foi, ses chers compatriotes, rencontrés dans diverses parties du monde.

Ils sont, en premier lieu, des réflexions de sagesse d'un pasteur qui sent la responsabilité de former son peuple vietnamien, pour l'aider à vivre en une meilleure communauté.

Selon le même auteur, le livre représente une synthèse générale, simple et humble de son ministère précédent et de son expérience de foi, qu'il désire communiquer en racontant les merveilles que Dieu ne manque pas d'accomplir en celui qui croit. Le désir de l'évêque Van Thuan, éducateur de son peuple, c'est d'être comme Mère Teresa de Calcutta, «un crayon dans la main de Dieu, pour qu'il écrive ce qu'il veut."

Ainsi, presque à la fin de sa vie terrestre – qui a semblé à tous comme un long martyre, accepté par amour de Dieu et transformé en une source d'espoir et de pardon pour ses persécuteurs – il a voulu laisser un héritage spirituel à ses enfants et frères : un testament de joie. Celui qui croit et vit Jésus-Christ – une humanité nouvelle - ne peut pas ne pas expérimenter la joie. Le sommet de l'humanité est le Fils de Dieu, qui s'est fait homme au milieu de nous. "Lui seul est notre joie et notre espérance», dit le serviteur de Dieu Van Thuân.

Dans ce climat culturel qui tend à exclure Dieu de la vie humaine, il n'est pas facile de transmettre un tel message. Dieu est souvent considéré comme un antagoniste de la liberté, de l'autonomie morale des individus. On considère que, prendre Dieu comme principe de vie, porterait atteinte à la responsabilité et de la dignité de l'homme. Dieu, selon la culture séculière d'aujourd'hui, serait celui qui dérobe l'homme au bonheur.

Pourquoi, alors, le Serviteur de Dieu, en dépit de tout et en toute occasion, à tout moment, tient à proposer à ses compatriotes bien-aimés l'idéal de la foi? Il croit fermement que la foi apporte la joie et n'appauvrit pas, au contraire, elle fait grandir la beauté de la vie. La joie du croyant est le fruit du fait d'être et de se percevoir comme une humanité qui vit en plénitude elle-même. La foi dans la pratique guérit les personnes plongées dans la culture du néant et de la mort, les reconstruit intérieurement, les renouvelle comme des êtres relationnels, communautaires, fraternelles, les réunit en une seule famille, le peuple de Dieu.

Celui qui éprouve une joie simplement humaine, se perçoit comme un sujet capable d'une vie de don aux autres. Mais le croyant a une joie plus profonde: la joie chrétienne, qui rend vraie et transcende l'autre joie; elle appartient à ceux qui vivent Christ, l'homme parfait.

Celui qui aime du même amour dont le Christ nous a aimés - un amour de don total de soi à l'humanité et à Dieu, même jusqu'à la mort sur ​​la croix, un amour fait de pardon et de lutte opposant le bien et le mal – se perçoit et se sent une personne en plénitude sur un plan qui va au-delà de l'humain. Celui qui, par sa foi, demeure en Christ, vit en participant à la mesure de la plénitude humaine réalisée en lui (cf. Ep 4, 13), et jouit de la plus grande joie: la joie qui correspond à une humanité transfigurée par l'amour de Dieu.

C'est une joie qui se réalise en passant par le dépassement de soi, par être pour les autres, pour le totalement autre, Dieu, aimé par-dessus tout, comme notre Tout. La joie chrétienne est un reflet de l'humanité dotée de la capacité d'aimer, comme le Nouvel Adam, Dieu crucifié, Homme de sacrifice, Homme immolé, qui se perd en Dieu. Correspond à la forme d'une vie totalement ordonnée à l'autre et à l'Autre, qui est Dieu-Amour, Trinité et Communion de personnes.

Une Foi vécue authentiquement génère la joie, parce qu'elle nous permet d'être et de se percevoir comme humanité aimée avant tout par Dieu, et puis, comme humanité qui s'accomplit en fonction de sa propre structure d'être constitutive : celle de personnes intrinsèquement faites pour les autres, pour Dieu, pour aimer, en réponse à un amour qui nous précède et qui nous appelle à lui.

La foi, en particulier, nous permet d'expérimenter la joie essentielle des êtres créés à l'image de la Trinité: le gaudium essendi, la joie d'être des personnes qui aiment comme Dieu aime, avec un amour créatif, qui, tout en protégeant, donne la force, transfigure et élève.

En fin de compte, la foi qui anime notre existence avec un amour plein de vérité, nous rend plus libre et plus responsable, nous fait devenir totalement nous-mêmes. Le christianisme est bien plus qu'un simple ensemble de bons sentiments. C'est la divinisation de l'homme, et certainement pas sa dégradation. Sur cette terre, c'est la tentative efficace de soustraire l'homme à l'autarcie et au mensonge; à la présomption  de vouloir être Dieu, voulant se mettre à Sa place; et à se refermer sur soi, se barricadant dans un «je» qui se refuse de donner et de recevoir.

La joie de la vraie foi nous rend réceptifs à ce qui est «ciel», à ce qui n'est pas fait, ni faisable, par nous; c'est-à-dire à l'Amour infini de Dieu. Il nous permet de ne pas se créer cet "enfer" qui est ce vouloir être-seul-pour-soi-même. [1]

Le christianisme aide les personnes à se dépasser, c'est à dire à ne pas être pour eux-mêmes, mais les unes pour les autres, par une auto-transcendance, vivant dans l'amour du Christ et surmontant cet analphabétisme qui les empêche de se percevoir comme des êtres structurés à un «tu». Pour le christianisme, la personne est  tant qu'elle aime. Le véritable amour renforce la qualité de vie et donne la joie d'être, le sens du voyage et la force de continuer. Et tout cela, comme anticipation de l'éternité [2].

Une vie de joie, mise en acte, jusqu'à arriver à l'homme parfait, à la mesure de la plénitude humaine du Christ (cf. Ep 4,13), est la meilleure garantie pour la construction d'un monde de justice et de paix. Sans nourrir envers nos frères dans l'humanité et dans le Christ, cet amour qui nous les fait voir avec les yeux mêmes de Dieu, il n'est pas possible de réaliser une justice qui soit à la hauteur de la dignité des personnes, ces êtres à la fois humains et divins. L'amour plein de vérité, que la foi offre en Jésus-Christ, augmente les joies et les espoirs du monde. Pour eux, le cardinal Van Thuân a enseigné et a accepté de monter, avec le Rédempteur, sur la croix. Il vivait d'une manière extraordinairement sereine au milieu de difficultés indescriptibles, avec le sourire et la puissance du pardon, se sentant dans les bras de Dieu. L'amour de Jésus-Christ vainc toutes les tempêtes et toute destruction, y compris celle de notre corporéité.

Le Conseil Pontifical "Justice et Paix" espère que la publication des écrits du Cardinal Van Thuân, fruits d'une maturité humaine, pourrait favoriser, par l'enseignement de la foi, et par leur message d'amour et de pardon qui sont à la base de l'espoir, un nouveau printemps non seulement pour le peuple vietnamien, mais aussi pour toute l'Eglise. Aujourd'hui, comme l' a répété à plusieurs reprises Benoît XVI, et que reprend le pape François, il y a l'urgence de la résurrection historique du Corps mystique du Christ, qui, pour se réaliser, s'appuie sur la collaboration de tous les membres de la communauté ecclésiale.

 

                                                                     + Mario Toso

                              Secrétaire du Conseil Pontifical "Justice et Paix"

 

[1] Cf Joseph Ratzinger-Benoit  XVI, Au coeur de la foi. Mon christianisme, Rizzoli, Milano 2013, p. 165.

[2] Cf Sabino Palumbieri, J'aime, donc j'e suis. Présupposés anthropologiques de la civilisation de l'amour, Paoline, Milano 1999, pp. 247-248.